POLITIQUE MAGAZINE (déc. 2021)
- Laurent James

- 15 déc. 2021
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 déc. 2021

Voilà un bon saint pour rire, un de ces saints du double fond de la hotte de saint Nicolas, qui sert à pousser les enfants et les âmes simples dans la joie du Père par la porte d’à-côté, la petite porte où ne passent que les ravis, les coccinelles et les éléphants, dont l’apparence trompe énormément – à la crèche, ce qui fascine l’ingénu, c’est l’éléphant des rois mages, à peine plus gros qu’eux.
Dans cette hagiographie de fantaisie, on commence par la litanie de tous les personnages que Fernandel joua dans ses 148 films, dont la liste est fournie en appendice, avec deux oranges et un sucre d’orge. Ne comptez pas y apprendre ce qu’ils sont, comme il en irait avec des fiches bien documentées des Cahiers du cinéma. Vous y trouverez seulement un poème, propre à vous labourer les souvenirs, y faisant remonter divers vieux trésors un peu terreux.
Ensuite, on déballe prestement les anecdotes, en arrachant le papier d’emballage. Fernandel est partout, il est tout, il a tout joué. Il fait penser au renne du fameux barbu en habit rouge, mais lui, il a une tête de cheval. On le reconnaît tout de suite, et dès qu’il est reconnu, tout le monde se marre. Il a beau tenter d’échapper à cette malédiction, rien n’y fait. « Il prend l’air affligé : on rigole. Il regarde par terre : on se tord. Il regarde en l’air : on se tape sur les cuisses. » Et pourtant, il n’était pas toujours amusant, comme en témoigne sa rivalité avec Raimu. Vous verrez : Laurent James vous raconte ça en détail. Mais toujours on revient à Noël, parce que Fernandel voulait bien faire toutes les pitreries demandées, sauf ne pas être chez lui à Noël avec sa femme et ses enfants pour accueillir convenablement le petit Jésus. C’est que cet immense acteur était aussi un chrétien du genre charbonnier, qui s’émerveillait avec les petits sans avoir la triste pensée de se guinder à la manière des vedettes avariées.
Il ne manque même pas les miracles nécessaires, au moins dans ses films. Vous vous souvenez de Don Camillo en conversation avec son Seigneur en croix ? À ces ravis-là, on peut raconter sans hésitation que ce qui arrondit le dos des petits bossus, ce sont les ailes de chérubins qui sont en train de leur pousser.
On comprend qu’à écrire la vie d’un tel saint, l’auteur ait été pris d’une transe de la plume, qui le transforme en David devant l’écran de lumière, un David éperdu qui s’envole sur ses phrases comme sur des tapis volants ! Je vous aurai prévenus : nuques raides, s’abstenir, car vous aurez un peu le torticol en essayant de le suivre dans ses courses sur les nuages. Cela dit, les phrases de cet auteur carillonnent aussi frénétiquement que la clochette de ce diablotin d’enfant de chœur dans Les trois messes basses d’Alphonse Daudet, et c’est assez réjouissant pour veiller en sa compagnie !


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